• Porté par les soldats jusqu'à la Normandie,
    Un vent de liberté, par la mer, est venu.
    La mort, au rendez-vous, déclenchait l'incendie
    D'un enfer inconnu.

    Ici, toute valeur trouve sa résonance.
    Légende et tragédie ont la force des cris,
    Quand tant de sang versé rend sa prééminence
    A leurs exploits décrits.

    De Caen à Carentan, aux estrans de la Manche,
    D'Utah, de Gold et Sword, d'Omaha, de Juno,
    L'adversaire a cédé dessous leur avalanche
    Jusqu'au seuil de Saint-Lô.

    Déversés par le ciel et poussés par les ondes,
    Ils ont pu sous les tirs, sans se décourager,
    Déloger l'occupant, par vagues furibondes,
    Du verrou bocager.

    La foi les animait et dictait leur bravoure
    Et pour leur sacrifice, à nos yeux consenti,
    C'est l'amour d'un pays entier qui les entoure
    Pour qu'il soit ressenti.

    Vétérans, survivants, héros d'une odyssée,
    A la pointe du Hoc, en gravissant le roc,
    Vous étiez l'espérance et vous l'avez hissée
    Pour y planter un soc.

    Au monde, vous avez délivré ce message :
    Que la paix est un bien que l'on peut partager.
    L'être humain doit penser qu'il est bon d'être sage,
    Le dire et l'imager.

    Se souvenir de vous, c'est attacher la gloire
    A chacun de vos pas, à toutes vos actions
    Et se remémorer vos hauts fait dans l'Histoire,
    C'est guider les nations.

    Vous avez abattu le mur de l'Atlantique
    Délivré du néant, la civilisation.
    L'humanité vous doit de sauver son éthique
    De l'élimination.

    Ce matin du six juin, en sortant de la brume,
    Vous avez confié à la chance, vos peurs,
    Dessous un horizon de flamme qui s'allume
    Et se fond en vapeurs.

    La grève n'était plus qu'une sombre plissure,
    Un amoncellement de chair, de barbelés,
    De corps enchevêtrés, grimaçant leur blessure
    Dans les flots, emmêlés.

    Qui suivrait, aujourd'hui, l'appel de votre exemple ?
    La conscience ne peut faillir à son devoir
    Sans toucher à l'honneur, sans détruire le temple
    Où brille son vivoir.

    En visitant ces lieux, témoins des hécatombes,
    En rendant un hommage, en versant quelques pleurs,
    Faire un pèlerinage où s'alignent vos tombes,
    C'est vous rendre immortels,
    Comme le sont, les fleurs
    Sur les autels.

    Serge LAURENT


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  • Au cœur des cavités, à la faveur des torches,
    Ils ont gravé leur legs pour la postérité,
    Moulant l'obscurité à l'ombre de leurs porches
    Avec dextérité.

    Les décors des parois indiquent leur passage,
    Où les chasseurs cueilleurs content leur condition
    Avec la volonté de donner un visage
    A leur génération.

    L'humain s'élaborait en biffant le sauvage,
    Pratiquant l'espérance et l'imagination,
    Mettant l'intelligence à servir son image
    Avec ostentation.

    De son abri rupestre où la falaise bruine,
    Où cascade l'eau pure en un bruit de métal,
    Le Néandertalien a laissé sur la ruine,
    Son doigt pariétal.

    L'homme ainsi dérobait l'aire de sa caverne
    A la férocité de l'ours et du chacal.
    Sa lutte assortissait l'amour de la taverne
    A l'instinct animal.

    Il traversa la nuit de nombreux millénaires,
    Inventa la survie et la domination,
    Des dieux pour l'avenir, des lieux originaires
    Pour bâtir sa nation

    Sapiens : Solutréens ou bien Magdaléniens,
    Cro-magnons, Moustériens, ils ont été nos pères,
    Etres de chair et d'os en tant que nos anciens
    Devenus plus prospères.

    Ils avaient ce talent, naturel aux artistes,
    Pour brosser bouquetins, mammouths, grands cervidés.
    Ils les ont reproduit, s'animant sur les pistes
    Avec les bovidés.

    La grotte du Pech Merle a des millions d'années,
    Les dessins de Cougnac sont de trente mille ans,
    Lascaux, Altamira aux fresques épargnées
    Sont de vastes écrans.

    Le barbare y nicha pour régner sur l'espèce,
    S'appuyant sur la guerre et l'extermination.
    Il prépara sa proie au loup qui la dépèce
    Pour l'ingurgitation.

    Son esprit émigrant aux caprices des âges,
    Il a construit, détruit selon ses ambitions.
    Maître ou soumis, il fut fan des us, des usages
    Et des contradictions.

    Pour le bien, pour le mal, par dessus les abîmes,
    L'ange fut opposé aux noirceurs du démon.
    L'Art était transcendant pour côtoyer les cimes
    De Niaux au Parthénon.

    Le livre du passé ouvrant sa couverture
    Contient bien des échos sous les sols dérivants
    Quand l'oubli,  ce tombeau, quitte sa sépulture
    Pour parler aux vivants.

    Serge LAURENT


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  • Le soir est un adieu propice à la tristesse
    Où l'heure vespérale aux cadrans du couchant
    Accepte de freiner l'horloge en sa vitesse
    En modulant son chant.

    Un chant de rossignol, familier du silence,
    Accompagnant la nuit, cette dame sans bruit,
    Qui vient nous apporter, loin de la violence,
    La faveur de son lit.

    Elle accorde en velours, la douceur de sa couche,
    De suaves baisers pour guérir tous les maux,
    La fraîcheur d'une haleine au rebord d'une ouche
    Où poser ses émaux.

    Elle accroche ses feux à la hune, à la lune,
    Quelques traits lumineux pour pavoiser les prés,
    Un bain de crépuscule où se plonge la dune
    Aux sables empourprés.

    Une ombre oscille aux bois, fantôme des ténèbres.
    Toute blessure ici, a ses caveaux hantés
    Où se mêlent les deuils, quelques accents funèbres,
    D'opus désenchantés.

    L'intimité nocturne a pour don, la quiétude
    Où l'âme a son refuge et les sens, leurs abris.
    Le cerveau libéré recouvre l'aptitude
    Pour rassembler ses bris.

    Le souvenir produit tout le bien qui nous reste,
    Les échos du passé, d'un bonheur aperçu,
    Un peu de l'absolu retiré d'un beau geste
    Qui nous sert de reçu.

    Dans ce monde incertain, à l'inconstant visage,
    Témoin des ans échus, d'horizons confondus,
    L'espoir est amputé de ce qu'il envisage
    Au fil des jours perdus.

    Nous attendons souvent un meilleur improbable
    Un sort plus favorable obtenu du destin,
    Mais le temps est vorace autant qu'un ogre à table
    Avalant son festin.

    La terre en l'infini voit Dieu, lui donne face.
    La condition de l'être est un lien hérité.
    Par l'oubli des valeurs, elle meurt et s'efface
    Dans l'immobilité.

    La foi naît d'un ensemble aux vertus unanimes,
    L'humain, c'est un gamin, rêveur et malicieux,
    Imaginant des jeux, ou radieux, ou sublimes
    Pour conquérir les cieux

    Quand l'homme à son réveil épouse l'habitude.
    Misérable de cœur, misérable d'esprit,
    Il quitte avec regret, sommeil et latitude,
    Où la paix lui sourit

    Le firmament transcrit les astres dans leur marche
    Que déchiffre, le mage et traduit, le devin.
    L'artiste en créateur dresse un temple et son arche
    Pour toucher au divin.

    Le cosmos apparaît aux yeux du noctambule.
    Sa pensée évolue à cette observation
    De la profonde nue où Phébé déambule
    En sa scintillation.

    Hécate et Séléné en naïades stellaires,
    Complètent la triade où son halo astral,
    Projette ses fanaux, falots et luminaires
    Sous son orbe spectral.

    Sous la voûte d'ébène aux statiques lanternes,
    Illuminant le vide où meurent nos visions,
    Ces lustres, si lointains qu'ils nous parviendrons ternes,
    Nous bercent d'illusions.

    Dans la contemplation d'un univers si fluide,
    Nous découvrons l'étoile étincelante au Nord.
    Dans cette obscurité, où son index nous guide,
    Elle luit au sabord.

    Belle au septentrion, toujours horizontale,
    Quand sa sœur dans le Sud argente les auvents,
    Elle met la clarté de sa flamme frontale
    Sur la rose des vents.

    Equipages, marins, aguerris aux voyages,
    Affrontent l'océan et parfois le néant
    Ajustant leur sextant pour traverser les âges
    Aux voiles les gréant.

    Combien de réflexions trouvent là, leur usage ?
    Combien de sentiments y cachent leur pudeur ?
    Léto est conseillère et si l'amour s'engage,
    C'est qu'il est un rôdeur !

    Le soleil nous vieillit et notre peau se fane.
    L'ennui qui nous assaille est un état qui nuit.
    Il appartient au jour ce que la nuit condamne
    Avec l'instant qui fuit.

    Serge LAURENT


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