• Le sommeil de Messaline

    Les Parques ont frappé en parfaits démiurges
    Ecrivant dans le sang, le chant des dramaturges.

    Dans le cubiculum, par les ombres, rongé,
    Sur des coussins soyeux au calme prolongé,
    Messaline repose à l'abri de sa garde.
    Peut-être songe t- elle au dieu qui la regarde ?
    Esclaves et martyrs, expirant à grands flots,
    Bercent t-ils cette femme au son de leurs sanglots ?
    Là-bas, les mirmillons expirent dans l'arène ;
    Leur trépas, sur le sol sanguinolent, s'égrène.
    Cette femme assoupie où ne règne aucun bruit,
    Se pare au châle roux que délaisse la nuit.
    Tout autour, les psychés, les miroirs s'interrogent,
    Scintillant des couleurs que les astres s'arrogent.
    Nul souffle ne succède au zéphyr trépassé.
    La voie Apia vide, au Tibre, l'a chassé.
    Sous ses longs cils baissés, à quoi rêve la reine ?
    Au festin de demain ? A l'agape prochaine ?
    Le porphyre et le marbre habillent la cloison
    Où la tenture en pans s'effondre en pâmoison.
    Les étains clignotant comme des sémaphores
    Projettent leurs éclairs aux panses des amphores.
    Le crépuscule traîne aux marches du portail,
    Heurtant le péristyle ouvert en éventail
    Et l'habit marqueté d'une console arbore,
    Ces veinules de feux que la cire élabore.
    Le parfum de ces lieux se répand, oppressant,
    Lourd de sombres secrets au murmure incessant.
    Sur la table acajou, près d'une svelte aiguière,
    Argentée et galbée en sa fougue altière,
    Une nymphe séduit d'une beauté sans fard.
    Sur le divan lustré, gît un spectre blafard
    Qu'enroule en un linceul, la mousse de ses voiles.
    Le destin met de l'art en ses funestes toiles.
    "Vois, Auguste Empereur, tout ici semble mort" !
    Un poignard en son corps, l'impératrice dort.

    Serge LAURENT


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :